Dépendance et liberté

Dépendance et liberté

Certains jeunes commencent à prendre de la drogue sans trop réfléchir à ce qu’ils font :

  • parce que les autres autours en prennent,
  • parce qu’ils croient vaguement que c’est quelque chose qui peut leur procurer du plaisir,
  • parce que pour eux, c’est un geste sans conséquence
  • motivé simplement par la curiosité.

La drogue comme affirmation

Certains en prennent aussi parce qu’ils y voient un moyen de s’affirmer.

En consommant, ils ont l’impression de faire partie un peu plus du monde adulte, ou au contraire de s’en distinguer.

La consommation devient pour eux un geste d’autonomie (par exemple, face aux autorités qui conseillent ne pas consommer).

Connaissez-vous des jeunes qui consomment par désir de s’affirmer ?

La drogue comme signe d’appartenance

Dans certains groupes, la consommation est un rite (une pratique ou une habitude caractéristique de ce groupe).

La/les substances qu’on prend et la façon de consommer peuvent faire partie de l’identité du groupe (tout comme la manière de s’habiller, par exemple).

Au début, ce n’est peut-être pas la drogue comme telle qui attire, mais pour montrer sa solidarité avec le groupe, on accepte d’en consommer.

Connaissez-vous des groupes où la consommation est une sorte d’obligation ?

La consommation comme protestation sociale

Il y a des groupes sociaux qui vivent de grandes difficultés matérielles ou culturelles. Par exemple,

  • une pauvreté générale résultant d’un régime économique injuste,
  • une discrimination qui renvoie aux gens de ce groupe une image dévalorisante.
  • ou encore des conditions de vie pénibles qu’ils n’ont pas choisies.

L’abus de substances (alcool ou autre) est souvent associé à de telles difficultés, comme moyen de s’évader temporairement de cette réalité.

Certaines personnes vivant ce genre de situation voient dans l'abus une manière de protester contre leurs conditions de vie : «Je subis des misères que je n’ai pas le choix d’endurer.  Alors, je vais affirmer ma liberté en consommant.  J’ai au moins la possibilité de faire ça.»

Où est le mal ?

Qu’y a-t-il de mal à s’affirmer, à se montrer solidaire d’un groupe ou à manifester sa liberté dans des conditions difficiles ?

             Il n’y a aucun mal.

             Le problème n’est pas le but, mais le moyen.

Peu importe la raison qui nous fait consommer, l’abus de drogue entraîne des conséquences qui nous éloignent de la liberté…

  • Quand on abuse des drogues, on n’est plus sur la voie de l’affirmation, mais de la dépendance à la drogue et au pouvoir des autres.
  • Quand on se laisse aller à l’abus par solidarité avec d’autres (ou qu’on accepte de consommer n’importe quoi), on risque surtout de devenir solidaire de la drogue.
  • Les gens qui expriment leur frustration face à une situation sociale difficile en abusant de différentes substances deviennent encore moins capables de changer leur condition.

Les arguments contre l’abus des drogues ne convainquent pas tout le monde.

  • Les gens qui sont centrés uniquement sur le moment présent et le plaisir immédiat réfléchissent peu aux effets nocifs des drogues, car ces effets ne sont pas toujours immédiats.
    Pour ce genre de personne, c’est un peu comme si l’avenir n’existait pas. Ils ne pensent aux effets nocifs que lorsqu’ils les subissent. Parfois même, ils vont jusqu’à nier que leur abus de drogue soit une source de problèmes.
  • Tout en étant au courant des effets nocifs des drogues, certains placent l’importance sur autre chose(par exemple, les liens avec un groupe ou une personne).
    Ils remettent «à plus tard» la décision de changer de comportement, en se disant qu’en attendant, ce n’est pas grave si on abuse. Mais en attendant quoi ?
  • Certaines personnes ne font pas attention à leur bien-être car elles n’ont pas une très bonne image de leur propre personne.
    On dirait que ce qui leur arrive ne les concerne pas : tant mieux si c’est bon, tant pis c’est mauvais. Elles subissent sans trop réagir.
  • Enfin, certains vivent dans un milieu où l’abus des substances est fréquent et répandu.
    À force d’y être constamment exposés, ils développent malgré eux une sorte  d’insensibilité aux effets nocifs des drogues.

Quand on a ce genre d’attitude, les raisons de faire attention aux drogues ne nous touchent pas tellement.

Pourquoi faire attention aux drogues?

La santé, on s’en fout un peu...

Quand on est jeune, la santé n’est pas quelque chose qui nous préoccupe beaucoup, à moins d’être dans un état qui nous force à y faire attention.

Mais comme nous sommes des êtres vivants et non des objets (et que nous allons vivre avec nous-mêmes toute notre vie !), ça vaut la peine d’y réfléchir un peu.

Les conditions de la santé       

  La santé est un état de bien-être général, à la fois physique, mental et social.

Il y a des critères de santé qui s’appliquent à tout le monde :

  • manger sainement, assez mais pas trop ;
  • bien dormir ;
  • bouger pour être en forme ;
  • avoir un toit convenable ;
  • vivre dans un milieu social sécuritaire ;
  • vivre dans un environnement non pollué et non toxique ;
  • se sentir aimé, recevoir et donner de l’affection ;
  • avoir un revenu décent ;
  • pouvoir développer ses capacités et ses intérêts ;
  • avoir un cadre de vie stimulant ;
  • avoir un réseau social (famille, amis, école, travail) ;
  • vivre dans un espace social organisé et offrant des services de base
    (santé, éducation, transport, loisirs...) ;
  • ne pas subir de discrimination en tant que membre d’un certain groupe ethnique ou d’une certaine catégorie sociale.

 

Les conditions qui favorisent la santé ne dépendent pas toutes de moi. Cependant, certaines conditions dépendent surtout de moi, comme le fait de consommer de la drogue ou non.

Remplissez ce questionnaire!

La santé, c’est plus que la santé

La santé à elle seule ne fait pas le bonheur. On peut être en santé et se sentir mal dans sa peau ou dans son milieu, être mécontent de son sort. La santé n’élimine pas non plus les défis normaux de la vie. Mais elle nous donne le moyen d’y faire face et de poursuivre les objectifs qui nous sont chers.

La pleine possession de ses moyens

La santé ne se limite pas à se sentir bien.

Ce qui est en cause, c’est la pleine possession de ses moyens et la liberté que cela nous procure.

Voilà le véritable enjeu de la santé.

L’abus de drogue et le risque associé à la consommation des drogues en général menacent cette liberté.

Lorsque certains consommateurs tombent dans la dépendance, leur liberté n’est pas seulement menacée, elle disparaît.

La dépendance : un comportement général       

L’enjeu de la liberté ne concerne pas uniquement les drogues. Il se pose chaque fois qu’une situation ou une habitude risque de nous rendre dépendant.

À part les drogues (alcool, tabac, speeds, coke, etc.), à quoi peut-on être dépendant ?

Exemples de comportements de dépendance         

Des routines de vie néfastes

Avoir certaines habitudes qui finissent par envahir notre vie et nos pensées.

Par exemple : s’entraîner physiquement de manière exagérée ; prendre des précautions maladives concernant la propreté ou le choix de la nourriture ; avoir un besoin obsessif de séduire les autres pour se rassurer sur soi-même ; mentir à répétition et inventer des exploits pour se mettre en valeur ; rechercher systématiquement les sensations fortes.

La source de dépendance varie, mais le comportement est le même : la personne finit par être dominée par sa dépendance et par les conséquences nuisibles que cela entraîne dans sa vie.

Qu’est-ce qui pousse certaines personnes à devenir dépendantes ?

Raisons pouvant favoriser la dépendance       

        La dépendance résulte de la répétition d’un abus.

Description: Dépendance vs liberté.png

Tout le monde peut faire des abus. Par exemple, on ne fait pas attention à ce qu’on consomme (drogue) ou à ce qu’on mange, on s’endette sans calculer, on a envie de s’amuser peu importe le risque.

Certains excès peuvent jouer de sales tours, même si on ne les fait qu’une fois : le calage peut causer une intoxication aigüe et mener à la mort. La conduite automobile sous l’influence d’une substance (alcool, drogue) entraîne souvent des accidents mortels. Un achat impulsif peut nous endetter pour longtemps et faire basculer nos projets.

On ne devient pas dépendant par pur hasard.  Certaines conditions personnelles et sociales peuvent favoriser la dépendance, même si ce n’est pas automatique. 

Facteurs individuels

Les facteurs suivants sont souvent présents chez les gens dépendants à la drogue ou à une autre habitude :

  • Se sentir mal dans sa peau et en compagnie des autres.
  • Mauvaises réactions aux évènements.
  • Image négative de soi.
  • Mal de vivre, ennui, sentiment de vide.
  • Problèmes de santé mentale, dépression.
  • Repli sur soi, mauvaise communication avec les autres, peu adapté socialement, attitude rebelle.
  • Manque de contrôle émotionnel, peu de résistance au stress.
  • Difficulté à s’affirmer, à dire oui ou à dire non à certaines choses.
  • Traumatisme subi durant l’enfance (violence, abus, séparations difficiles...).
  • Maladie ou handicap physique.

Facteurs familiaux

Ces facteurs peuvent favoriser la dépendance :

  • Ça ne va pas bien dans la famille.
  • Pauvreté.
  • Négligence parentale, violence, abus.
  • Autorité mal exercée (trop sévère ou trop peu).
  • Peu de communication au sein de la famille, conflits, tensions.
  • Consommation de substances ou autres dépendances chez les parents.
  • Attitudes antisociales ou comportements criminels dans la famille.

Facteurs sociaux

Les facteurs suivants sont souvent liés à la dépendance :

  • Échecs scolaires ou professionnels, absentéisme.
  • Dures conditions de travail.
  • Manque de valorisation sociale, discrimination, exclusion.
  • Milieu difficile aux prises avec de nombreux problèmes sociaux, chômage, familles monoparentales.
  • Exigences de performance élevées.
  • Comportements de dépendance autour de soi.

Influence de la société élargie

Notre société encourage la consommation excessive, le crédit facile et l’endettement, et valorise les modèles de réussite basés sur la possession des biens matériels.

Tout le monde est soumis à ces influences, mais les gens qui subissent déjà des situations difficiles y sont peut-être encore plus sensibles.

Le sentiment d’impuissance

Quand on est aux prises avec des difficultés de vie, la dépendance ou l’abus généralisé, on peut éprouver un sentiment d’impuissance face à ce qu’on vit ou à ce qui se passe autour de soi.

L’impuissance individuelle

L’impuissance collective

  • Je ne me sens pas la force de changer ma situation.
  • J’ai déjà essayé et ça n’a rien donné.  Ça ne donnera rien de plus cette fois-ci.
  • J’aimerais changer, mais personne n’est en mesure de me donner l’aide dont j’aurais besoin.
  • Même si je changeais, ça ne donnerait rien.
  • Si moi j’essaie de changer, je vais me couper de mon milieu.
  • Il y a trop de choses qu’il faudrait changer en même temps.
  • Les gens ne veulent pas changer leurs habitudes. Ils vont s’opposer au changement.
  • On n’a pas les moyens qu’il faudrait.
  • Si j’essaie de changer des choses dans mon milieu, je pourrais subir des conséquences désagréables.

Allez remplir ce questionnaire!

Agir

Pour combattre le sentiment d’impuissance, il faut agir. Pas d’action, pas de changement.

L’action ne garantit pas le succès ni la fin des difficultés, mais il n’y aura ni succès ni changement si on ne fait rien.

En agissant, on prend conscience de nos forces (des forces qu’on croyait peut-être ne pas avoir). Cette prise de conscience nous donne la confiance nécessaire pour aller plus loin. Plus on agit, plus on a le goût d’agir. En ce sens, l’action constitue sa propre récompense.

 

L'action individuelle

L'action collective

Rien ne peut se faire sans mon propre désir d’agir ou de changer.

Quel est mon désir ?

  • Je dois clarifier comment j’aimerais être, ce qui m’inspire et qui peut me rendre heureux / heureuse, et ce que je veux faire.
  • Je dois essayer de voir ce qui dépend de moi dans ma vie, ce que j’ai le pouvoir de changer ou contrôler.
  • Je dois repérer autour de moi qui pourrait m’aider : ami, parent, intervenant.

L’action collective commence par clarifier la perception que j’ai de mon milieu :

  • Comment je vois mon milieu ? Comment je me sens, moi, dans mon milieu ?
  • Qu’est-ce que je voudrais voir changer ?

Parler avec d’autres de ma façon de voir, ce que j’éprouve, ce que je veux voir changer.

Il est rare qu’on soit seul à penser comme on pense et à ressentir ce qu’on ressent.  La plupart du temps, d’autres personnes ont une vision qui rejoint la nôtre.

 

L’action ne consiste pas simplement à poser un acte de temps à autre, sous le coup de l’impulsion. C’est un enchaînement continuel de réflexions et de gestes concrets. Sans réflexion, nos gestes risquent d’être inefficaces et sans geste concret, la réflexion seule ne changera rien. 

Les grandes étapes de l’action 

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La dépendance et la passion       

Quelle différence y a-t-il entre une dépendance et un vif intérêt ?

Quelques exemples :

  • S’entraîner et participer à une activité sportive 5 ou 6 fois par semaine ou même tous les jours.
  • Jouer d’un instrument quinze heures ou plus par semaine.
  • Travailler de longues heures.  Faire beaucoup d’heures supplémentaires.
  • Apprendre par cœur toutes les chansons qu’on entend et qui nous plaisent.
  • Être passionné par un certain genre de film et essayer d’en voir le plus possible.
  • Être un mordu de jeux vidéos.
  • Être toujours avec ses amis. Ne jamais passer un moment seul(e). Ne rien faire sans avoir quelqu’un avec soi.
  • S’occuper avec un dévouement total d’un parent, d’un enfant.
  • Passer des heures et des heures à lire sur un sujet donné, à rechercher des pièces de collection, à confectionner des vêtements d’apparat, des pièces d’artisanat, à faire de la mécanique ou de l’électronique.
  • Être amoureux/amoureuse au point de sacrifier volontairement une partie de son bien-être ou de ses intérêts pour l’autre.
  • Consacrer presque tout son temps et son énergie à son art, à son métier, à sa famille, à ses amours, à ses plaisirs...

Tous ces comportements ressemblent à une dépendance !

Pour faire quelque chose de leur vie, certaines personnes ont besoin de s’investir avec passion dans ce qu’ils font ou dans ce qu’ils aiment. C’est aussi une façon de diriger son énergie.

Un intérêt, une passion poussée à l’extrême peuvent-elles devenir une dépendance déguisée ? Peut-être.  

Qu’est-ce que distingue alors de telles attitudes et un comportement de dépendance? Il y a une différence essentielle entre les deux.

        Une véritable dépendance abolit la liberté de l’individu, même si au départ il s’agissait d’un libre choix (j’ai voulu prendre de la drogue, j’ai accepté de jouer...). Le cerveau n’est plus maître de ses réactions. Il obéit à un conditionnement qui agit indépendamment de la volonté et qui affecte à la longue la santé mentale et physique. 

        Tandis qu’un intérêt passionné, si fort soit-il, laisse encore la possibilité d’agir librement et d’avoir un contrôle sur    nos actes.          

De plus, la dépendance finit par enfermer la personne en elle-même : la dépendance prend toute la place, il n’y a plus d’autre but ni intérêt.

Au contraire, un intérêt passionné vise souvent l’atteinte d’un objectif, d’une réalisation, et peut devenir une source d’épanouissement et d’ouverture (aux autres, ou à de nouvelles possibilités en soi).

D’une certaine façon, la dépendance et la liberté sont les deux pôles d’une même énergie.

 

Selon lavision qu’on se fait de soi-même et de l’être humain,

selon aussi les modèles de vie qu’on reçoit,

on aura tendance à pencher d’un côté ou de l’autre.